L'amour est un grand menteur, un grand dissimulateur. Il vous force à tout donner puis s'en va, repu, ennuyé, à la recherche d'autres cœurs à dévaliser.
Alors on se raccroche à des bouts de bois qui flottent.
A une ville qu'on apprend à aimer.
A des étrangers qui deviennent familiers, qui pansent vos blessures avec des petits riens...
Josepha et sa colère inextinguible devant le conflit palestinien, Josepha et Laurent en cuisine, leurs soles dorées, leurs moules grasses et pleines, les conversations de fin de dîner où l'on refait le monde, où l'on se calcule des yeux. (Va-t-elle bien ? Va-t-elle mieux ? Est-ce qu'elle y pense encore à cet homme fugitif ?) Nathalie et Riquet, la bonhomie de madame Marie qui ne comprend pas très bien mais sort pour moi ses meilleurs fromages de sous son comptoir et monsieur Laîné qui fait cuire des miches dorées, rien que pour moi, pour mes goûters de fille seule. Il y glisse une barre de chocolat et ne me les fait jamais payer !
Ils connaissent tous mon histoire. Le dénouement a eu lieu, sous leurs yeux, à Fécamp.
Ils m'ont tous sauvée, à leur manière, avec leurs moyens à eux.
Ils m'ont recueillie.
Et je me suis construit un abri. Oui.
On se construit une bulle, on prend la paille qu'on vous tend et on réapprend à respirer. Tout doucement. Avec ces petits riens justement. Ces petits bonheurs de rien du tout, quand le grand bonheur, le bonheur effrayant, le bonheur plus grand que tous les autres vous a déserté.
J'ai connu ce bonheur effrayant. Je n'en veux plus. Je ne veux plus rien de grand, d'immense. Ou je le veux à ma taille. Que je puisse passer mes bras autour de son cou, de ses épaules, de ses rêves et le tenir, le tenir...
18 novembre 2009
Katherine Pancol - Un homme à distance
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